Au moment de publier ce texte, ni l'entreprise Lomiko Metals ni le ministère des Ressources naturelles n'avaient répondu à nos demandes d'entrevue.
Pancartes au point, des manifestants ont bloqué le passage aux véhicules qui tentaient d’emprunter le chemin qui mène au site minier, mardi matin, ce qui a parfois donné lieu à des échanges musclés
Les travaux d’échantillonnage de la compagnie minière Lomiko Metals ont débuté, lundi, sur le site du gisement de graphite de La Loutre, dans la Petite-Nation. Certains employés de la compagnie Forage Val-d’Or, engagée par Lomiko Metals, ont indiqué au Droit être arrivés lundi soir et avoir un contrat sur le territoire jusqu’au 15 décembre.
«On va faire du 8 à 4 pour creuser des trous de 200 mètres de profondeur et sortir les échantillons que les géomètres vont décider si c’est bon ou non», explique Antoine Bérubé, employé chez Forage Val d’Or.
Le Comité autonome contre La Loutre, les mines et l’extractivisme (CALME) organisait un rassemblement pacifique pour rappeler le refus du projet minier en Petite-Nation et pour assurer une vigilance citoyenne.
«Cet échantillonnage en vrac est un élément essentiel des travaux de recherche et développement en cours visant à accroître et à confirmer le processus de production de matériau d’anode», peut-on lire sur le site web de Lomiko Metals.
Les membres du CALME, quant à eux, considèrent que de tels travaux, qui peuvent aller de l’arpentage au forage, en passant par le décapage, auront un impact significatif sur la biodiversité et le paysage des lieux convoités par Lomiko Metals.
«C’est clairement une nuisance. Le territoire de la Petite-Nation est incompatible avec l’activité minière, parce que ce sont vraiment deux modes de vie et deux modes de développement du territoire qui s’opposent», affirme Éloi Halloran, administrateur du CALME.
Rassemblement mouvementé
Les quelque 30 manifestants présents au coin des chemins Sioui et Tour-du-Lac brandissaient leurs pancartes «Petite-Nation: incompatible avec l’activité minière», que l’on peut également apercevoir tout au long du chemin menant au site.
«On voit qu’il y a une opposition et une contradiction. C’est ce que ça prouve, qu’on soit plus qu’une vingtaine ici un mardi matin réunis pour s’opposer à ce projet», affirme Éloi Halloran, administrateur du CALME.
Les manifestants s’étaient aussi donné pour mission de bloquer le passage aux véhicules qui tentaient d’emprunter le chemin qui mène au site minier.
«On les laisse sortir du chemin, mais pas entrer», a lancé Pierre Vallières, un résident de Lac-des-Plages présent au rassemblement.
Un geste qui a créé du mécontentement et de l’agressivité à certains moments, alors que des voitures ont tenté de passer quand même.
Certains citoyens se sont également rendus à quelques kilomètres du site du projet minier La Loutre, où ils ont pu exprimer leur mécontentement directement à quelques employés de Lomiko Metals.
«Je sais que toi tu veux juste travailler, mais ce n’est pas la bonne place ici», a dénoncé une manifestante.
Les premiers répondants, de même que des agents de la Sûreté du Québec, se sont rendus sur place afin de s’assurer du bon déroulement du rassemblement.
«On ne savait pas avant ce matin»
Les employés de Forage Val-d’Or, présents sur le terrain mardi matin, ont reconnu qu’ils n’étaient pas au courant du mécontentement des citoyens de la région envers le projet pour lequel ils ont été mandatés.
«On l’a appris ce matin, quand notre patron nous a dit que c’était bloqué en bas», a dit Antoine Bérubé, qui réside à Rimouski dans la région du Bas-Saint-Laurent.
Un autre employé, originaire de Val-d’Or, a affirmé l’avoir appris en voyant les pancartes sur le côté du chemin.
Pour M. Bérubé, c’est une première. Il affirme qu’il voit souvent ces manifestations dans les médias, mais qu’il n’a jamais été confronté à ce genre de situation sur le site où il travaille.
Les employés ont indiqué comprendre l’inquiétude des gens, mais tentaient d’être rassurants en affirmant suivre les normes.
«Très dérangeant»
Les citoyens habitants dans les environs disent déjà subir les conséquences du début des travaux.
«De ma cuisine, je vois les camions passer et le bruit est très dérangeant, témoigne France Jodoin, résidente depuis plus de 50 ans à Lac-des-Plages, une municipalité voisine au projet minier La Loutre.
«On voit tout de suite l’impact que ça peut avoir ne serait-ce qu’au niveau routier et du bruit, déplore, quant à lui, Pierre Vallières. Ça nous démontre seulement une prémisse de ce que ça pourrait être si jamais une mine venait à être ici.»
Selon les citoyens, le chemin qu’empruntent les camions est déjà beaucoup plus large qu’il l’était lundi matin.
«Je suis venu pas plus tard que lundi matin et ça ne ressemblait pas du tout à ça», souligne M. Halloran.
Visites guidées
La compagnie minière a annoncé sur sa page Facebook vouloir organiser des visites guidées cet hiver, lors des travaux d’échantillonnage en vrac.
Ces visites, sous inscriptions seulement, pourraient permettre aux citoyens d’observer le projet sur le terrain, poser des questions et en apprendre davantage sur le développement du projet La Loutre.
Éloi Halloran affirme avoir communiqué avec Lomiko Metals pour s’inscrire à ces visites, mais soutient n’avoir reçu aucune réponse.
«Je sais que l’information circule auprès des élus par rapport à ces visites, mais je pense que les personnes citoyennes devraient aussi pouvoir avoir accès à ça, souligne M. Halloran. Techniquement, ce sont des terres de la Couronne, alors si Lomiko ne nous invite pas, on va aller voir.»
Alors que les citoyens appellent les gouvernements à annuler le projet minier La Loutre, Lomiko Metals semble continuer ses démarches.
Même sans l’apport financier du gouvernement du Québec, l’entreprise avait rappelé, l’an dernier, avoir obtenu des subventions de la part du gouvernement canadien et du gouvernement américain totalisant 14 millions de dollars.
Lomiko Metals n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue. »