lundi 12 septembre 2022

Outaouais: Un Projet Minier Sème la Grogne

NON à la mine La Loutre de Lomiko !  


Outaouais: Un projet minier sème la grogne
Émilie Bilodeau
12 septembre 2022
La Presse

Des citoyens de l’Outaouais s’indignent des forages miniers qui ont lieu « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 » près de leur résidence. Pourquoi faire de l’exploration alors que François Legault a juré, il y a trois semaines, qu’il n’y aurait pas de nouvelles mines sans acceptabilité sociale au Québec ?, se demandent-ils.

« Les citoyens ici, ils n’en veulent pas, de mines, et ils n’en voudront jamais. Il faut que ça s’arrête », dénonce Gilles Charest, conseiller municipal de Lac-des-Plages.




À la mi-mai, Lomiko Metals a entamé une troisième phase d’exploration minière dans les montagnes de Lac-des-Plages, en Outaouais, à la recherche de graphite, un précieux minerai utilisé dans la fabrication de batteries de véhicules électriques. L’entreprise de la Colombie-Britannique doit creuser 120 trous de 150 mètres de profondeur d’ici la fin du mois d’octobre, afin d’évaluer le potentiel d’y établir une mine à ciel ouvert.

Le conseiller municipal Gilles Charest assure que plus de 90 % des citoyens s’opposent au projet minier qui pourrait voir le jour dans cette zone touristique et de villégiature. 


C’est de l’argent mal investi par l’industrie minière si, après avoir dépensé des millions de dollars, elle se fait dire que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Personnellement, je trouve que ce n’est pas très honnête.

Gilles Charest, conseiller municipal de Lac-des-Plages

Les citoyens de Duhamel, le village voisin, sont aussi préoccupés par les travaux qui s’effectuent à 500 mètres à peine du lac Doré, un cours d’eau bordé de 90 résidences. C’est là que la mine pourrait voir le jour si les recherches de graphite s’avèrent concluantes. 

« Les claims sont de plus en plus proches des habitations », dénonce David Pharand, maire de Duhamel. Lomiko Metals détient 76 claims sur une superficie de 4003 hectares comprenant une trentaine de lacs et de cours d’eau à Lac-des-Plages. En Outaouais, les titres miniers qui permettent de chercher des substances minières (claims) ont d’ailleurs triplé en seulement 18 mois, ajoute M. Pharand. 

« Ça cause de plus en plus d’inconvénients et de problèmes de qualité de vie pour les citoyens », dit-il.


Dans sa municipalité, de nombreux résidants se plaignent du bruit causé par les forages exploratoires. M. Pharand a contacté Lomiko Metals à ce sujet, il y a quelques semaines. « L’entreprise nous dit que la machinerie ne dépasse pas 30 décibels, ce qui équivaut à une bonne pluie. Mais c’est comme s’il pleuvait constamment 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. À la longue, ça devient véritablement irritant », raconte-t-il. 

Le maire demande au gouvernement de mieux contrôler les endroits où les claims sont accordés, pour éviter les « conflits d’usage » entre les citoyens et les entreprises. L’exploration et l’exploitation minières devraient être interdites à une certaine distance des lacs habités, ajoute-t-il. 

Sur notre territoire, on a grosso modo 400 km⁠2 de terres publiques. Ce qu’on prétend, c’est que les claims miniers auraient pu être mieux placés.

David Pharand, maire de Duhamel


Questionné à savoir pourquoi des forages exploratoires ont lieu dans une municipalité qui s’oppose à une mine, le cabinet de François Legault a affirmé que le Québec « a tout à gagner » à développer des technologies vertes et des sources alternatives d’énergie. 

« Le premier ministre a été clair : il n’y a aucun projet minier qui va se faire sans qu’il y ait une acceptabilité sociale. L’acceptabilité sociale n’est pas seulement une condition gagnante, mais une condition fondamentale pour tout projet », a indiqué Ewan Sauves, attaché de presse de François Legault, sans toutefois évoquer l’exploration minière. 

« Des relents de Far West » 

Louis Saint-Hilaire, porte-parole du Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation (RPLPN), affirme que la plupart des maisons de Duhamel et de Lac-des-Plages sont des résidences permanentes, pas des chalets. « Les gens qui sont installés ici, c’est pour être loin du bruit, pour éviter la ville, pour vivre la vie de campagne, en forêt. Là, ce qu’ils voient arriver, c’est un parc industriel. Ça risque de devenir un paysage lunaire », explique-t-il. 

Le regroupement de citoyens s’inquiète aussi pour la quantité de roc qui sera éventuellement exposée aux pluies. L’eau se déversera vers le lac des Plages et le lac Doré, affirme M. Saint-Hilaire. Le lac Simon, où la SEPAQ gère un important centre touristique, s’approvisionne du ruisseau Doré (qui s’approvisionne lui-même du lac Doré).


Le RPLPN souligne que le développement minier pourrait aussi avoir un impact sur 37 espèces animales et végétales sensibles, menacées ou vulnérables, dont l’habitat d’hiver de cerfs de Virginie. 

Ugo Lapointe, cofondateur de la Coalition Québec meilleure mine, soutient que même si le gouvernement québécois veut accélérer la transition énergétique et, donc, accélérer l’exploitation minière, il faut mieux réfléchir à la façon d’accorder des claims miniers. « Notre Loi sur les mines a encore des relents de Far West », dit-il. 

« Les claims miniers poussent comme des champignons dans les zones touristiques, dans les milieux naturels valorisés sans que les citoyens soient informés ou consultés. C’est fait de façon chaotique, sans planification. C’est un problème ! », dénonce-t-il.


Lorsque des claims sont accordés, les municipalités ne peuvent plus créer des aménagements comme des parcs régionaux, des aires protégées ou des projets récréotouristiques sur ces sites, explique M. Lapointe. 

Tout le monde est d’accord pour développer intelligemment une filière minière au Québec, mais pas de la façon dont ça se fait actuellement […] Si on développe des autos électriques en détruisant nos milieux naturels, ce ne sera pas gagnant.

Ugo Lapointe, cofondateur de la Coalition Québec meilleure mine

Jointe par courriel, l’entreprise Lomiko Metals affirme être au fait des inquiétudes des citoyens. « Nous reconnaissons les préoccupations et le travail qui doit être fait pour arriver à un processus consensuel. Nous ne pouvons pas faire cela seuls », affirme Kim Darlington, porte-parole de l’entreprise.


L’entreprise canadienne affirme qu’elle a remis un dépliant à chacun des résidants du secteur, avec des coordonnées afin qu’ils puissent poser des questions ou porter plainte. « Nous répondons de manière proactive à toutes les préoccupations, et en ce qui concerne le bruit, nous avons des moniteurs qui nous fournissent des données […] À l’heure actuelle, nous ne contrevenons à aucune limitation de bruit. » 

Lomiko Metals est convaincue qu’il est possible de développer le secteur minier « responsablement » à proximité de villages, de villes et d’habitations. « Nous espérons travailler avec les citoyens pour démystifier cette industrie et faire connaître les avantages pour la région », a poursuivi Mme Darlington.

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Forages miniers : les déclarations de François Legault ne calment pas l’opposition
12 septembre 2022

Plusieurs municipalités opposées aux forages miniers en zone récréotouristique ne sont pas satisfaites de la réponse du premier ministre François Legault.

Interpellé sur cet enjeu la semaine dernière en point de presse, M. Legault avait indiquéqu'il n'y aurait pas d'exploitation minière sans acceptabilité sociale.  Il a réitéré l'engagement de son parti à réduire les émissions de GES de 37,5 % d'ici 2030.

Lundi, les municipalités de Lac-des-Plages et Duhamel ont ajouté leurs voix à celles d’autres municipalités qui interpellent le gouvernement du Québec pour décréter un moratoire sur l’attribution de nouveaux claims miniers dans le sud de la province. 

Un ajout qui ne constitue pas une surprise dans la mesure la MRC de Papineau, dont elles font partie, s’était déjà prononcée pour un moratoire sur le développement minier, en août.

Dans les faits, ça fait des années qu’on interpelle le gouvernement par des dépôts de mémoires et on n’a pas eu de réponses à ces mémoires, regrette le maire de Duhamel, David Pharand, en entrevue à ICI Ottawa-Gatineau. Le dernier date de quelques mois qui s’est adressé au premier ministre pour s’assurer que le message soit bien entendu. Depuis des années, on souhaite principalement protéger notre activité économique, le récréotourisme, la villégiature. Il y a d’autres éléments dans le mémoire qui souhaite protéger l’agriculture et l’industrie forestière.

« Le danger qui nous guette, c’est l’arrivée de claims aux abords des lacs habités de notre région de l’Outaouais et maintenant, on constate que ce n’est pas juste l’Outaouais, mais bien le sud du Québec qui est affecté sérieusement par l’arrivée de ce que je qualifierai de boom minier, puisqu’en Outaouais, en 18 mois, les claims ont plus que triplé. »

— Une citation de  David Pharand, maire de Duhamel

Plusieurs municipalités demandent depuis plusieurs mois de réviser les orientations gouvernementales régissant les territoires incompatibles avec l’activité minière  au Québec.

Nous ne sommes pas satisfaits des récentes déclarations du premier ministre François Legault selon lesquelles il n’y aura pas de mines sans acceptabilité sociale, se désole Gilles Charest, conseiller municipal et porte-parole du dossier pour la municipalité Lac-des-Plages, dans un communiqué de presse diffusé lundi. Ces déclarations ne règlent en rien le problème des claims et des forages miniers qui continuent de se multiplier sur nos territoires sans aucune évaluation environnementale ni consultation publique.

Déjà des effets pour les résidents, selon le maire de Duhamel

Le maire de Duhamel David Pharand ajoute que les municipalités souhaitent que le premier ministre et tous les partis politiques se prononcent sur la nécessité d’un moratoire pour ne pas aggraver la situation.

Nous leur demandons de s’engager à revoir les règles actuelles afin de protéger nos zones touristiques, les lacs et nos milieux naturels hautement valorisés, dit-il. On juge qu’il faut arrêter le train qui est mal parti pour s’asseoir ensemble, avec les différents ministères, pour s’assurer que notre région reçoive cette activité minière avec une saine administration, une saine gestion. On ne peut pas se permettre, par exemple, que le lac d’Argile, qui est bien connu dans la région, puisse être claimé et présentement, c’est le cas du côté est. [...] On parle d’un lac habité.

Si les claims existants sont des droits acquis, reconnaît-il. Leurs effets se font déjà sentir, raconte le maire.

jeudi 8 septembre 2022

Petite-Nation: des opposants à l'exploitation minière interpellent Mathieu Lacombe

NON à la mine La Loutre de Lomiko !   




Petite-Nation: des opposants à l'exploitation minière interpellent Mathieu Lacombe
Benoit Sabourin
8 septembre 2022
Le Droit

Des opposants au projet de mine à ciel ouvert de l’entreprise Lomiko Metals, dans la Petite-Nation, sont venus les jouer les trouble-fête lors d’une annonce du candidat de la Coalition avenir Québec dans la circonscription de Papineau, Mathieu Lacombe, à Lac-Simon, jeudi matin.
Le député sortant du comté était de passage à Lac-Simon pour dévoiler les engagements de son parti en matière d’environnement. Si les citoyens de Papineau lui accordent un second vote de confiance, le 3 octobre au soir, M. Lacombe s’engage à créer une initiative locale dotée d’une enveloppe minimale de 100 000$ sur quatre ans pour soutenir les projets locaux d’amélioration de la protection des lacs de la Petite-Nation. 
Le point de presse du ministre responsable de l’Outaouais sortant, qui était prévu à 10h, a cependant été interrompu par deux groupes de protestataires. 
D’abord, des ambulanciers de l’Outaouais ont rencontré le ministre, avant l’annonce, pour lui faire part de leurs revendications. Les membres de la Fédération des employés du préhospitalier du Québec sont sans contrat de travail depuis le mois de mars.
Ensuite, une poignée d’opposants au projet de mine à ciel ouvert de l’entreprise Lomiko Metals, projeté près des municipalités de Lac-des-Plages et Duhamel, ont interpellé Mathieu Lacombe pour réclamer des actions concrètes afin d’empêcher davantage d’activités minières dans leur secteur. 
En entrevue avec Le Droit, tous les candidats des principaux partis dans le comté de Papineau se sont positionnés en faveur du moratoire exigé par les 25 Municipalités de la MRC de Papineau et par le Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation qui demandent que Québec cesse l’émission de nouveaux titres miniers en attendant que la Loi sur les mines et que les règles encadrant les Territoires incompatibles avec l’activité minière subissent une importante refonte.

Une coalition d’organismes locaux et nationaux a dévoilé une carte géographique en août, laquelle démontre que la région de l’Outaouais a connu une explosion de titres miniers de 211% depuis les 18 derniers mois.

Mathieu Lacombe ne veut pas d'un moratoire sur les claims 

Interrogé par les journalistes sur le dossier, Mathieu Lacombe a martelé le message que son chef, François Legault, de passage dans la région, a lancé en début de semaine. «S’il n’y a pas d’acceptabilité sociale, il n’y aura pas de mine», a affirmé M. Lacombe.

Ce dernier a confirmé jeudi qu’il ne souhaitait pas de moratoire. Il soutient vouloir être «pragmatique» avec l’exploration minière.

«Ce sont quand même des projets qui peuvent être intéressants pour certains citoyens, a-t-il mentionné. Je pense qu’on a le droit de savoir qu’il y a des projets ou non qui sont disponibles dans notre région. On parle de projets qui pourraient générer beaucoup de richesses. Par exemple, dans le cas du projet qui est souvent cité en exemple (Lomiko Metals), on parle de plus de 85 emplois à plus de 100 000$ par année. Est-ce qu’on a au moins le droit de se poser la question si on en veut ou pas.[...] Je pense que d’imposer un moratoire et de nous empêcher même de nous poser la question si on veut ou pas des mines, ce serait priver les citoyens d’une information qui est importante.»

Le candidat caquiste s’est entretenu pendant plusieurs minutes avec la dizaine de citoyens et élus après son annonce. Visiblement, les propos de M. Lacombe n’ont pas rassuré les personnes présentes sur place.

Des citoyens et élus déçus

Elsa Dussault est résidente de Duhamel. «On nous dit que s’il n’y pas d’acceptabilité sociale, il n’y aura pas de mine, mais pendant ce temps, il y a encore du forage qui se passe. Les gens autour du lac, ça les empêche de dormir. Il y a énormément de bruit. [...] Toute la MRC, toutes les municipalités sont mobilisées. Nous sommes incompatibles avec les mines. Le logo et [le slogan] de la MRC, c’est le pays de l’or vert. Maintenant, on devient le pays de l’or gris et de la poussière. On est vraiment inquiet», a confié Mme Dussault.

Le maire de Duhamel, David Pharand, s’est dit déçu de la réception du candidat caquiste et député sortant. La MRC de Papineau a déposé à trois reprises un mémoire auprès de Québec afin de demander notamment un moratoire sur les nouveaux claims miniers. 

«On risque de sacrifier une région en disant ‘‘vos activités actuelles qui sont la villégiature et le récréotourisme, mettez ça sur ‘‘park’’ pour les prochains 20 ans’’, a réagi M. Pharand. Les gens, ce n’est pas ce qu’ils veulent. Si j’ai un champ d’épuration à refaire l’an prochain, est-ce que je le fais? Est-ce qu’il va y avoir une activité minière dans quatre ans chez nous ou pas? Est-ce que je dois vendre aujourd’hui ou pas? Je voulais rénover mon chalet pour en faire ma résidence principale. Est-ce que je vais investir 150 000$ ou 200 000$ ou pas en ne sachant pas si c’est une activité minière qui pèse au bout de ma décision? [...] Je pense honnêtement qu’il y a une ligne de parti actuelle puis notre député doit livrer un message que son parti lui dit de livrer. C’est très fâchant parce qu’on ne peut pas avoir de débat intelligent avec Monsieur Lacombe s’il se bloque derrière un message qu’il lui a été livré à Québec.»



Une annonce électorale de Mathieu Lacombe interrompue par deux groupes revendicateurs
9 septembre 2022
Radio Canada

Le député sortant de Papineau, Mathieu Lacombe, a eu toute une surprise lors d’une annonce électorale, jeudi, à Lac-Simon. Deux groupes ont profité de sa présence pour faire valoir des revendications à celui qui agit à titre de ministre de la Famille et de responsable de la région de l'Outaouais.

Tout d'abord, des ambulanciers ont énuméré leurs revendications en vue d’un nouveau contrat de travail.

Les membres de la Fédération des employés du préhospitalier du Québec sont sans contrat de travail depuis le mois de mars. Ils souhaitent négocier un nouveau contrat de travail équitable, comme on peut le lire sur une publication Facebook.

Les revendications sont surtout axées sur la rémunération et sur l’horaire et la charge de travail. On demande notamment un rattrapage salarial, ainsi que des périodes de repas mieux encadrées.

Le ministre était de passage à Lac-Simon afin de présenter les engagements de son parti, la Coalition avenir Québec (CAQ), en matière d’environnement. 

À cet effet, un gouvernement réélu de la CAQ souhaiterait créer une initiative locale dotée d’une enveloppe minimale de 100 000 $ sur quatre ans pour soutenir les projets locaux d’amélioration de la protection des lacs de la Petite-Nation et pour en sécuriser l’accès.

Opposition à la mine de graphite

Un deuxième groupe a rencontré Mathieu Lacombe lors de son annonce pour y faire entendre leurs revendications. C’est le cas des opposants à la mine de graphite Lomiko dans la MRC de Papineau.

Les candidats locaux et le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, étaient de passage jeudi au Lac-des-Plages, tout près de Lac-Simon, pour discuter du projet de mine de graphite et des préoccupations des citoyens.

Des opposants se sont donc rendus à l’annonce de Mathieu Lacombe pour y faire valoir leur point de vue. Il s’en est suivi une discussion entre le député sortant et plus d’une dizaine de citoyens.

mercredi 7 septembre 2022

L'exploitation minière s'invite dans la campagne électorale dans Papineau

NON à la mine La Loutre de Lomiko !   


L'exploitation minière s'invite dans la campagne électorale dans Papineau
Benoit Sabourin
7 septembre 2022
Le Droit

Les territoires incompatibles avec l’activité minière et l’épineuse question des claims miniers qui se multiplient à vitesse grand V depuis les dernières années dans la circonscription de Papineau s’invitent dans la campagne électorale provinciale.

Alors que François Legault était de passage dans la région, en début de semaine, la MRC de Papineau et le Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation (RPLPN) ont profité de l’occasion pour sommer une nouvelle fois le premier ministre sortant et chef de la Coalition avenir Québec afin qu’il s’engage à décréter un moratoire sur l’attribution de nouveaux claims miniers en attendant qu’une refonte de la Loi sur les mines soit effectuée dans le but que les règles encadrant les Territoires incompatibles avec l’activité minière (TIAM) soient redéfinies. 

La région de l’Outaouais a connu une explosion de titres miniers de 211% depuis les 18 derniers mois, selon une coalition d’organismes locaux et nationaux dont fait partie le RPLPN.

Le nombre de claims miniers appartenant à des prospecteurs est passé de 1400 à 4359 titres, entre janvier 2021 et août 2022, en Outaouais. Plusieurs de ces titres ou droit d’exploration sont limitrophes à des zones touristiques, des lacs, des parcs régionaux et des secteurs agricoles et forestiers valorisés. Des réserves fauniques comme celles de Papineau-Labelle et La Vérendrye sont menacées, craignent citoyens et élus de la région.

Talonné lundi par des journalistes, lors d’une mêlée de presse, François Legault a réitéré que l’acceptabilité sociale était non négociable pour les futurs projets miniers au Québec. Il n’a toutefois pas évoqué la mise en place d’un moratoire si son parti est reporté au pouvoir à l’Assemblée nationale, le 3 octobre au soir.

«On ne fera pas de développement minier s’il n’y a pas d’acceptabilité sociale autour de la mine», a-t-il lancé.

Le préfet insatisfait 

Pour le préfet de la MRC de Papineau et maire de Thurso, Benoît Lauzon, cette réponse est inacceptable. Le projet de mine à ciel ouvert La Loutre, de l'entreprise Lomiko Metals, lequel est situé entre Duhamel et Lac-des-Plages, suscite l’inquiétude depuis plusieurs années dans la Petite-Nation. 

Cela fait plus d’un an que les maires de la région tentent de faire des représentations auprès du gouvernement caquiste pour négocier une mise à jour de la Loi sur les mines. 

Les rencontres avec le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, et le député sortant de Papineau et ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, n’ont toutefois mené à rien de concluant. 

«Les claims continuent à croître de plus en plus sur notre territoire. On a beau dire que s’il n’y a pas d’acceptabilité sociale, il n’y aura pas de mine, mais quand la Loi sur les mines permet aux claims d’aller de l’avant et qu’on n’exige pas qu’il y ait consultation du BAPE, je ne comprends pas la réponse du premier ministre. Nous ne sommes pas contre le développement minier, mais ça ne peut pas se faire n’importe où. On demande un moratoire pour se donner le temps de travailler avec le ministère de l’Énergie afin d’adopter nos TIAM», tonne Benoît Lauzon.


Le préfet de la MRC de Papineau et maire de Thurso, Benoît Lauzon

Le préfet affirme que la MRC de Papineau ne doit pas devenir «une région sacrifiée pour l’électrification des transports» en raison de son fort potentiel d’exploitation du graphite, un minerai qui sert à la confection de batteries de véhicules électriques, notamment.

«Dans un dossier aussi important, il faut que le prochain député prenne l’engagement de prendre le flambeau et de défendre l’intérêt de son comté», affirme M. Lauzon.

Tous les candidats unanimes ou presque... 

Le Droit a demandé aux candidats des principaux partis dans la circonscription de Papineau leur opinion sur le sujet. Le député sortant et porte-couleurs de la CAQ, Mathieu Lacombe, n’était pas disponible pour nous accorder un entretien, mercredi, nous a-t-on dit.

«Nous n’avons pas l’intention d’empêcher les entreprises d’explorer le territoire pour voir s’il y a des possibilités d’exploiter une mine», a-t-il fait savoir dans une réponse écrite tout en référant à la déclaration de François Legault sur l’acceptabilité sociale.


Le député sortant et porte-couleurs de la CAQ, Mathieu Lacombe

En entrevue, la candidate solidaire, Marie-Claude Latourelle, a souligné pour sa part que l’Association de Québec solidaire Papineau appuyait les revendications des intervenants du milieu dans cette cause depuis 2020. La révision de la Loi sur les mines fait partie du programme du parti, insiste Mme Latourelle. 

«Si je suis élue, c’est sûr que je vais me battre avec eux pour mettre en place un moratoire sur les claims dans les zones de villégiature. Il faut aussi que le règlement des TIAM soit révisé. [...] On est conscient qu’on a besoin de ces métaux pour faire la transition écologique pour avoir les batteries, mais il ne faut pas le faire n’importe comment», dit-elle.


La candidate solidaire dans Papineau, Marie-Claude Latourelle,

La représentante du Parti québécois, Audrey-Ann Chicoine, dit aussi appuyer la mobilisation derrière la demande d’un tel moratoire. «C’est inconcevable que l’exploitation minière vienne détruire ces joyaux de notre territoire que sont les lacs et la réserve faunique Papineau-Labelle. Ça change le décor. Une des priorités de ma campagne est de redonner le pouvoir aux municipalités. Je prône la décentralisation du pouvoir», clame la candidate péquiste.

La représentante du Parti québécois, Audrey-Ann Chicoine

Mathieu Lacombe pointé du doigt par certains de ses adversaires

De son côté, la candidate du Parti libéral du Québec dans Papineau, Wittlyn Kate Semervil, a dévoilé mercredi son premier engament de la campagne en promettant qu’elle mettra sur pied «une consultation nationale visant l’exploitation minière dans le sud du Québec», si elle est élue. La candidate souligne que cette consultation pourrait prendre la forme d’un BAPE générique sur le sujet. Cet exercice permettrait de déterminer s’il est nécessaire de modifier la Loi sur les mines et les règles des TIAM.

«Il n’y aurait aucun développement minier sans appui tant qu’on n’a pas déterminé ensemble les prochaines étapes avec les personnes concernées et les élus. La Loi sur les mines est archaïque», note Mme Semervil.


La candidate du Parti libéral du Québec dans Papineau, Wittlyn Kate Semervil

La libérale reproche au caquiste Mathieu Lacombe d’avoir «abandonné les citoyens» du comté avec cet enjeu.

«Les gens, lorsqu’ils viennent me parler, ce qu’ils me disent, c’est que le ministre n’était pas présent. J’ai été étonnée par les propos du premier ministre cette semaine parce qu’aucune action formelle n’a été prise et le ministre régional, qui est aussi député de Papineau, est absent», mentionne Mme Semervil.

Le candidat du Parti conservateur du Québec, Marc Carrière, accuse aussi le député sortant d’être responsable du contexte actuel. M. Carrière reproche au représentant de la CAQ de ne pas avoir été à l’écoute de la communauté ces dernières années dans le dossier de l’exploitation minière. Le porte-couleurs de la formation politique d’Éric Duhaime lance une flèche à M. Lacombe qui avait quitté l’Outaouais, en 2019, pour déménager à Terrebonne, pour des motifs familiaux. 


Le candidat du Parti conservateur du Québec, Marc Carrière

«Il faut être présent et être sur le terrain. Si on n’est pas à l’affût de ce qui se passe vraiment sur le territoire, parce qu’on est ailleurs, parce qu’on habite ailleurs, ça fait que c’est difficile de passer notre message au gouvernement. [...] Pour représenter les citoyens, il faut les connaître et il faut savoir ce qui se passe dans la vraie vie», indique l’ancien conseiller municipal à la Ville de Gatineau.

Selon ce dernier, «un moratoire s’impose» dans les plus brefs délais pour les nouveaux titres miniers. «On ne dit pas non au développement. C’est de l’argent neuf qui peut rentrer dans les coffres de l’État, mais ce moratoire devient nécessaire pour qu’on s’assure de faire un portrait global de la région et que cette exploitation se fasse dans le respect des gens qui habitent le territoire», affirme le candidat conservateur.